Le Figaro – Une année riche en commémorations

En 2015, on commémorera la bataille de Marignan. On célébrera aussi la mort, il y a 300 ans, de Louis XIV et celle, il y a 125 ans du peintre Van Gogh. La naissance, il y a 400 ans du surintendant Fouquet. On honorera aussi Jeanne d’Arc à Rouen où la ville inaugurera un Historial consacré à la Pucelle.

Il y aura un demi-millénaire le 25 janvier prochain, dans la cathédrale de Reims, François d’Angoulême accédait au trône. Le 15 février suivant, il entrait dans Paris et jetait des pièces de monnaie à la foule. La commémoration n’ira sans doute pas jusque-là. Notre François actuel est moins prodigue… Plus sérieusement, l’anniversaire de la bataille de Marignan (13 et 14 septembre) et le début de la construction de l’aile «François Ier» du château de Blois marqueront cette année charnière ; l’Histoire de la France de Georges Duby ne fait-elle pas fait débuter la Renaissance en France en 1515?

Du 30 juin au 3 juillet, un colloque international se tiendra à Chambord. Puis les plus grandes fêtes de cour organisées sous François Ier pour célébrer cette victoire seront reconstituées les 24 au 25 juillet à Romorantin, et les 26 au 27 juillet à Amboise. Pas moins de 400 figurants et comédiens venus de toute l’Europe sont impliqués dans ces projets. En 1518, le Père des Lettres avait profité du mariage de Madeleine de la Tour d’Auvergne et de Lorenzo di Medici à Amboise pour imaginer un immense spectacle scénarisé par Léonard de Vinci et Dominique de Cortone. Ces fêtes avaient impliqué plusieurs milliers de soldats. Elles ont été l’occasion de positionner François Ier comme candidat au trône impérial, face à son grand rival, le futur Charles Quint.

Sur Internet, trois sites seront ouverts: www.marignan2015.fr pour suivre le travail de reconstitution, le contexte historique, les vidéos du spectacle ; www.rihvage.univ-tours.fr mettra en avant du patrimoine écrit relatif au règne et www.bvh.univ-tours.fr permettra de consulter en ligne divers imprimés et de manuscrits de l’époque.

Dans plusieurs châteaux du Val de Loire, une chambre musicale diffusera La Bataille de Clément Janequin, compositeur et chantre, à qui Marignan inspira cette œuvre, l’une de ses plus célèbres chansons. Une modélisation 3D du château de Chambord est, par ailleurs, en chantier. Côté expositions: la Bibliothèque nationale de France (du 24 mars au 21 juin) et la Ville de Blois (du 4 juillet au 18 octobre) s’associent pour évoquer pour la première fois la bibliothèque de François Ier. Livres manuscrits et imprimés, reliures précieuses, gravures et dessins, monnaies et médailles, objets d’art et bijoux: 130 pièces sélectionnées à la BnF seront encore enrichies de prêts du Louvre, du Met de New York, de la Pierpont Morgan Library et du Museum de New York, ou encore de collections privées américaines.

On admirera, notamment, Les Grandes Heures d’Anne de Bretagne enluminées par Jean Bourdichon, Les Heures de Louis de Laval enluminées par Jean Colombe, considérées comme le manuscrit le plus ornementé au monde (près de 1 200 miniatures) ; une des vingt reliures brodées de la Renaissance encore conservées ; la bible de Robert Estienne, imprimée en 1540 et marquée du F royal ; ou encore des Évangiles carolingiens, datant du IXe siècle, mais reliés par la suite pour François Ier.

  • Rouen s’enflamme pour Jeanne d’Arc

Entre 100 000 et 150 000 visiteurs par an sont attendus dans le palais archiépiscopal de Rouen. Le lieu vient d’être restauré et abritera à partir de ce 14 février, sous l’impulsion de Laurent Fabius, un Historial Jeanne d’Arc. C’est là, devant la place du Vieux Marché sur laquelle la Pucelle fut brûlée en 1431, que fut rétablie son innocence à la suite d’un procès posthume en 1455-1456. La Métropole Rouen-Normandie a investi 10,6 millions d’euros pour cette quinzaine d’espaces, quasiment sans œuvres d’art mais avec des comédiens et des dispositifs multimédias, d’une superficie de près de 1 000 m² répartis sur cinq niveaux. Y seront retracées la vie de Jeanne mais aussi celle, complexe, de son mythe. Le programme muséographique résulte d’un important travail préparatoire, mené depuis 2012 par un comité rassemblant conservateurs, chercheurs et historiens, emmené par le médiéviste Philippe Contamine, membre de l’Institut. En donnant les éléments du dossier le plus objectivement possible, Rouen entend contrer la monopolisation de la figure de Jeanne d’Arc par l’extrême droite. Outre la visite de l’Historial proprement dit, les billets d’entrée donneront accès à deux salles du palais archiépiscopal datant du XVIIIe siècle, également restaurées: celle des États de l’Archevêché et la chapelle d’Aubigné. Ceux qui voudront compléter le parcours Jeanne d’Arc pourront aussi visiter le nouveau Panorama construit sur les bords de Seine (nos éditions du 19 décembre). En 2016 son attraction, en cours de fabrication par le plasticien Yadegar Asisi, offrira, grâce à une gigantesque peinture circulaire, une plongée dans Rouen au XVe siècle.

  • Van Gogh en tête d’affiche

«125 années d’inspiration». La collaboration entre les Pays-Bas, la Belgique et la France n’y va pas par quatre chemins pour promouvoir son produit culturel phare. Van Gogh, mort le 29 juillet 1890, est à la source de la création en 2013 de la fondation Van Gogh Europe (vangogheurope.eu), un groupement réunissant une trentaine d’institutions. Elles publieront le 30 mars un Atlas en trois langues passant en revue tous les lieux où l’artiste a vécu et travaillé. À Amsterdam, le musée éponyme vient d’être réagencé. Du 25 septembre au 17 janvier 2016, il mettra en lumière pour la première fois la forte affinité que le peintre hollandais entretenait avec son homologue norvégien Edvard Munch.

À Otterlo, le musée Kröller-Müller, qui possède 88 huiles et 122 dessins du peintre pas si maudit que cela finalement, mettra en regard plusieurs de ses natures mortes, paysages et portraits avec ceux de contemporains tels Redon, Fantin-Latour, Cézanne ou encore Monet (du 25 avril au 27 septembre). Toujours en Hollande, le Keukenhof, célèbre marché annuel de la tulipe, fleurira aux couleurs d’un des autoportraits. Les Jardins d’Appeltern vont également dessiner dix jardins Van Gogh en 2015. Côté brabançon, une piste cyclable, longue de 600 m, inspirée par La Nuit étoilée a été aménagée dans la région d’Eindhoven où Van Gogh a vécu entre 1883 et 1885. Elle consiste en des milliers de petites pierres qui scintillent la nuit. Au musée du Brabant-Septentrional (Bois-le-Duc), du 24 janvier au 26 avril, on pourra visiter l’exposition intitulée «Le design en provenance du pays des Mangeurs de pommes de terre: les stylistes à la rencontre de Van Gogh». Plus au sud, le village de Zundert proposera «Le Monde de Van Gogh» et à Nuenen, on pourra voir «The Vincent Affair», tandis qu’un programme éducatif, «Le Nouveau Vincent», est prévu à Tilbourg. La France n’est pas en reste avec, à Paris, la Fondation Custodia, un nouveau tour guidé à Montmartre, à Arles, des dessins montrant les influences et innovations, à Saint-Rémy-de-Provence, des peintures sur le thème des Alpilles et des lectures de lettres, à Auvers-sur-Oise enfin, des pèlerinages avec 220 000 participants…

  • Les bonnes grâces de Fouquet

Trop de génie pour son Soleil! Louis XIV voulait rayer le surintendant Nicolas Fouquet des mémoires. Depuis plus d’un siècle à Vaux-le-Vicomte, la famille Vogüe prend la relève de ceux qui œuvrent à rendre dignement honneur à son génie. En cette année du 400e anniversaire du surintendant né en janvier 1615, ils ont composé une programmation qui célèbre le goût du maître de Vaux pour les arts: concert de William Christie et ses Arts Florissants en juillet avec un programme de musique baroque et, sur la grille d’eau, Les Fâcheux sont repris à l’endroit même où Molière et Lully les créèrent. En septembre, des photos noir et blanc de Jörg Bräuer sur la statuaire seront exposées… Les nouveaux maîtres des lieux profitent de la commémoration pour mener, en partenariat notamment avec l’École des Chartes et l’École du Louvre, des recherches sur les collections de Fouquet. Et restaurer 26 sculptures du jardin, les décors du cabinet des jeux, replanter 80 charmes et tilleuls dans le Quinconce. Ironie de l’année: 2015 célèbre les 400 ans de la naissance de Fouquet et les 300 ans de la mort de Louis XIV. Vaux s’allie à Versailles pour des opérations communes dont une exposition virtuelle sur ces deux mécènes, menée par le Google Cultural Institute.

 Publié le 02/01/2015 par Eric Bietry-Rivierre pour LeFigaro